NOVERRE Jean-Georges (1727-1810) – Danseur français XVIIIe

Danseur, maître à danser, chorégraphe du XVIIIe

Il fit évoluer le ballet :  les danseurs ne portaient plus de masque sur scène pour favoriser leur expression, il allégea le costume pour favoriser les mouvements.  Il donna du sens aux « ballets d’action ».  Ces changement amorcèrent le  ballet moderne.

Né  le 29 avril 1727 à Paris
Décédé  le 19 octobre 1810 à St Germain en Laye à 83 ans

Son père d’origine suisse, ancien adjudant de Charles XII, confia son fils au maître Louis DUPRÉ, danseur du genre « noble« * du XVIIIe s

* Il existait 3 catégories de classement  des danseurs/ses, selon le physique, à l’Opéra. Le danseur « noble » devait être grand , bien proportionné, avec des geste élégants, une figure emprunte de distinction.
les autres catégories étaient danseur « semi-caractère »  pour les plus petits ou moins élancés, et danseur « comique » pour les personnages burlesques proches de la pantomime.

En 1742 , à 15 ans, il débuta comme danseur à la cour de Louis XV, à Fontainebleau.

En 1743 il débute à Paris à l’Opéra-Comique lors de la Foire de St-Laurent  dans « L’ambigu de la folie » ayant comme partenaires deux jeunes danseuses : Louise-Madeleine Lany et Melle de Puvignée.

Ses innovations sont boudées en France mais pas à l’étranger

Noverre pensait que le ballet ne devait pas être qu’une exécution académique mais aussi une pantomime expressive. Aussi il supprime les masques des danseurs, les perruques et les robes à panier. Il se met à dos les danseurs et le public parisien.

Par contre, lors de sa tournée à l’étranger, l’accueil est favorable : tant à Berlin (en 1749  à la cour de Frédéric II), qu’en Italie à Milan où il rencontre Gasparo ANGIOLINI avec qui éclate une polémique sur la paternité  « ballets d’action » ou « pantomimes nobles ». En effet en Italie subsistait « la Commedia dell’Arte » où la gestuelle avait un sens et le costume permettait d’identifier le personnage. Introduite en France au XVIIe siècle, elle n’eut pas de succès .

En Autriche Franz HILFERDING eut la même idée de faire évoluer le ballet vers plus d’expression

Les ballets de Noverre eurent aussi du succès à St Pétersbourg, où Français et Italiens collaborent car Catherine de Russie  (1762-1796) encouragea l’opéra et les ballets. Au Danemark, à l’opéra royal de Copenhague, c’est  le couple Gallo qui sut donner le contenu dramatique recherché par Noverre  et Anglioni.

Plusieurs danseurs novateurs en Europe favorisent l’expression dans les ballets

Noverre  revient en France via Strasbourg, Lyon, Marseille avec ses premiers ballets où la pantomime confère enfin un sens à l’intrigue. Il crée des costumes en cohérence avec le rôle et des décors spécifiques.

En 1754/55 il revient à l’Opéra Comique comme chorégraphe et créé « Les fêtes chinoises »
Les succès lui valent le titre de maître de ballet à l’opéra Comique de Paris jusqu’en 1748  le corps de ballet attaché à la Comédie française). Il y monte ses anciens et nouveaux ballets.

C’est aussi en 1748 , à 21 ans qu’ il épouse la danseuse Marguerite-Louise Sauveur.
A la fermeture de l’Opéra Comique, il part à Strasbourg puis à l’Académie de Lyon pour être Maître de ballet.

En 1752 il rédige « Théorie et pratique de la danse, du ballet, de la musique, du costume » déposé à la Bibliothèque de l’Opéra de Paris.

Entre 1755 et 1757 l’acteur David GARRICK lui offre un contrat pour le théâtre Drury Lane à Londres. Mais à la première représentation des «  Fêtes chinoises » le 8/11/1755, la soirée frise l’émeute (ce qui arriva plus tard). Malgré cet échec, Noverre persiste et monte « Les réjouissances flamandes« .

Noverre se heurte avec certaines étoiles de l’Opéra de Paris qui n’approuvent pas « ses idées nouvelles » comme Françoise PREVOST mais Marie SALLé osera en 1729 danser sans panier ni perruque. Maximilien GARDEL en 1772 enlèvera son masque pour ne pas être confondu avec Gaétan VESTRIS. Ces initiatives firent scandales.

En 1758 l’Académie de Lyon  offre à Noverre la charge de maître de ballet.

Noverre  écrit « Lettre sur la danse et les ballets » qui sont publiées à Lyon en 1760 puis à Stuttgart , à St-Pétersbourg en 1803, à Paris en 1807.

De 1760 à 1768, il est invité à Stuttgart  comme maître de ballet  par le duc de Wurtemberg où il peut appliquer ses innovations d’expression et de mise en scène. Il produit  « Renaud et Armide« en 1760 et ose des scènes tragiques dans « Les caprices de Galaté » « Médée et Jason » en 1773 et fonde ce qui deviendra le Ballet de Stuttgart. Il publie « Lettre sur la danse » dédiée au duc.

Puis il séjourne à la cour des Habsbourg comme professeur et maître de ballet des théâtres de Vienne où il devient le professeur de Marie-Antoinette.

De 1770 à 1774 il collabore avec son ami musicien GLUCK

De 1774 à 1776 il part au Regio ducal teatro à Milan où il crée des ballets avec des compositeurs plus complexes et des personnages au profil psychologique plus poussé. Il est inspiré par la mythologie et la littérature classique et crée « Agamemnon vengé« , « Iphygénie en tauride« , « Les Oraces et les Curiaces » d’après Pierre Corneille.

Gaétan VESTRIS célèbre danseur, ayant assisté aux représentations, revient à Paris proclamer le génie de Noverre. Recherché par les grands de toutes les capitales, il plaît par son style mordant.

De 1776 à 1781 il est à Paris, chorégraphe et ordonnateur des fêtes de la cour du jeune couple royal Louis XVI et Marie-Antoinette. En effet son ancienne élève lui obtient la charge de maître de ballets de l’Académie royale de musique de Paris  où il remplaça Gaétan VESTRIS dont il critiqua son organisation hiérarchique et le rôle des « étoiles ». En 1776 Noverre créa  le ballet « Les petits riens » ballet pastoral avec des scènes paysannes qui obtint un grand succès du public français sur trois musiques différentes dont une de MOZART.

Il publie à nouveau sa « Lettre sur la danse et les ballets« . Il y préconise sa vision du ballet qu’il construit comme un spectacle complet avec la musique, les costumes et les décors en harmonie avec l’intrigue. Il réforme certains pas et attitudes ; il fait évoluer les sauts. Ses idées feront évoluer la danse pratiquée pendant le XIXe siècle. Il élève la danse au rang d’art à égalité avec la poèsie, la peinture.

Il s’éteindra à 83 ans à St Germain en Laye dans une relative pauvreté.

Après un second séjour à Londres, de 1785 à 1793, Noverre se retire à Saint-Germain-en-Laye vers 1795 et y meurt en 1810, à 83 ans, alors qu’il prépare l’édition d’un Dictionnaire de la danse.

 

Source : Histoire du ballet par Ferdinando Reyna – Ed. Somogy

et https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Georges_Noverre